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 Le lapin.

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Dédé 13
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MessageSujet: Le lapin.   Lun 12 Jan 2015 - 22:17


J’ai toujours gardé en mémoire ce jour d’été des années cinquante.
Mon grand-père et mon père repeignaient les volets de la maison familiale, côté terrasse, sous la tonnelle et tout en étalant la Valentine vert jardin sur les ventaux, ils discutaient avec deux voisins venus moralement les assister dans leur tâche.
A cette époque deux faits divers alimentaient les conversations, le premier était l’affaire Dominici et le second, qui était à l’ordre du jour ce matin là, la myxomatose. La guerre qui faisait rage en Corée et en Indochine, n’était que du bruit de fond, la chasse était menacée. Il va sans dire que le docteur Delille tout d’abord comparé au docteur Mengele, a été pendu, guillotiné, brulé vif et écartelé plusieurs fois dans la matinée, toutes ces gâteries lui étant prodiguées après inoculation du virus de Sanarélli bien entendu. Il avait fait subir au lapin, gibier de base de la chasse populaire, la pire des punitions, le pire des outrages. Le génocide auquel assistaient les chasseurs impuissants allait changer la face de la chasse dans nos campagnes pour très longtemps. Mon grand-père, pourtant fraichement retraité, deux ans plus tard, complètement dégouté, a validé son dernier permis et n’a jamais plus chassé, on lui avait enlevé l’objet de son passe temps favori. Mon père quant à lui s’est obstiné comme beaucoup de chasseurs de sa génération et a pu profiter du retour de notre Jeannot bien aimé. Dix ans plus tard, je prenais mon premier permis et je pouvais grâce au lapin vivre des sorties de chasse certains jours assez animées.
Malgré les flambées annuelles de la maladie, la vitalité et la prolificité du lapin ont permis d’assurer la sauvegarde de l’espèce jusque dans les années quatre vingt dix où une autre maladie, plus insidieuse celle-là, est apparue, faisant considérablement chuter les effectifs dans certaines régions. Certes, les populations n’étaient pas remontées au niveau de celles qu’avait connu mon grand-père, mais il y avait encore de quoi faire courir nos chiens et nous régaler avec de belles menées dans nos garrigues.
Pour réussir une sortie au lapin, il fallait que le lapin lui-même soit d’accord. Certains jours « on pouvait y marcher dessus » comme disait mon père, et d’autres jours, ils restaient obstinément au fond de leurs terriers. Qu’est-ce pouvait bien les pousser à rester à l’abri ? Le temps un coup trop humide un coup trop sec, la lune, le froid, la chaleur, le mistral et toute une foule d’autres raisons étaient évoquées par les connaisseurs. En ce qui me concerne, pas une de ces raisons n’a jamais tenu la route car en la matière j’ai vu tout et son contraire, seuls les lapins pourraient le dire.
Il n’était pas question de chasser le lapin sans auxiliaires canins, ceux qui se livraient à la chasse « avec les pieds », comme il se disait à l’époque, étaient assez mal appréciés de l’ensemble des Nemrod car « ils écrasaient la colline », c'est-à-dire qu’ils piétinaient la végétation et cassaient tous les gites et ça ce n’était pas bien vu.
Les chiens qui nous accompagnaient n’étaient pas de grandes origines, c’était souvent des corniauds et les attelages étaient plutôt disparatres. Tout ce qui était demandé à nos braves toutous c’était d’avoir du nez et de la voix. Les chiens muets, même s’ils étaient de bons leveurs étaient considérés comme des chiens de braconniers. Dans les années soixante les choses se sont un peu améliorées au niveau de l’homogénéité des meutes, un petit chien anglais faisait une percée spectaculaire, le Beagle. Le problème alors fut que tout chien courant à poil ras et à robe tricolore était baptisé Beagle, quelle que soit la hauteur au garrot. Les attelages étaient toujours aussi disparatres en tailles, mais au moins ils étaient de la même couleur. Peu importe les canons de la cynophilie, ça chassait et ça faisait tirer du lapin. Le chien d’arrêt, surtout l’épagneul breton, n’a fait son apparition en force que dans les années soixante dix avec l’avènement des lâchers de faisans en masse. Beaucoup de chasseurs, j’en fais partie, sont passés au chien d’arrêt un peu par effet de mode et dans un souci de diversification, le lapin ne pouvant plus à lui seul être l’unique objet de toutes les sorties.
Le lapin pouvait se trouver dans de multiples biotopes qui allaient de la garrigue la plus touffue, celle où dominait l’argelas (ajonc), le chêne kermes et les massugues (ciste), aux berges de canaux d’arrosage et roubines souvent occupées par le genet d’Espagne et la ronce, aux ribes (haies) qui séparaient et protégeaient du mistral les prairies et aux vignes qui à cette époque étaient toutes entourées de clôtures en grillage à lapins, bien entendu pas très hermétiques. C’est d’ailleurs en faisant les rangs de vignes qu’on terminait parfois la journée pour tenter de sauver la bredouille, ce qui arrivait aussi.
Il y avait dans nos collines de drôles de garennes rectangulaires en pierres sèches, des sortes de vides sanitaires pourvus d’une multitude d’entrées au ras du sol. Ces entassements de pierres, d’une hauteur d’un demi-mètre environ, étaient à l’intérieur faits d’un dédale de petits couloirs et de chambres destinés à servir de refuges aux lapins. Les entrées étaient dimensionnées juste à la taille d’un Jeannot, ce qui évitait que les renards puissent y entrer, contrairement aux garennes naturelles faites de terriers que maitre goupil peut visiter à son aise. Ces garennes en provençal s’appellent cassieux ou casséu (prononcer casséou). II y en avait un peu de partout, la seule chose requise était la présence de pierres comme matériau de construction et ça, ça ne manque pas chez nous. Quand les chiens levaient un lapin en périphérie d’un casséu, il fallait vite aller se percher sur l’édifice au cas où l’animal mené par les chiens viendrait s’y réfugier et ainsi pouvoir le tirer. Malheur à celui qui pour essayer de récupérer à la main un lapin commençait à démolir en partie le casséu, ça aussi c’était très mal vu. De nos jours il n’existe malheureusement plus beaucoup de ces garennes, elles ont presque toutes été détruites par des margoulins qui ont besoin de pierres et qui n’hésitent pas à se servir sur la propriété d’autrui.
Rester au ras du sol pour chasser le lapin était à coup sur le meilleur moyen de ne pas pouvoir en tirer un. Le conseil de mon grand-père, que dis-je, son leitmotiv, était qu’à la chasse au lapin il faut toujours dominer la situation, c'est-à-dire avoir une vue plongeante sur les évènements. Cela conduisait parfois à des équilibres plus qu’instables quand perché sur un mur en pierres sèches, une borie ou une ancienne charbonnière, il fallait se tourner pour suivre la chasse en ayant toujours le regard en avant des chiens et parfois, quand tout allait bien, tirer au coup d’épaule sur un lapin juste entrevu sur moins d’un mètre dans la végétation. La sécurité n’était pas il est vrai le volet le plus préoccupant du chasseur de lapins, mais les chutes heureusement étaient rares et sans gravité.
La chasse au furet après l’arrivée de la myxo n’était plus pratiquée que par des bracos ou lors de reprises officielles de lapins vivants, dans des quartiers où il pullulait et où la chasse à tir était impossible, comme certaines emprises de la SNCF ou de l’armée. Ces matinées de reprises étaient également très festives.
Le tir du lapin en garrigue n’est pas une sinécure, on a rarement plus d’une paire de secondes pour réagir et lâcher le coup sur une boule de poil qui semble voler en bondissant et ce, sur rarement plus d’un mètre. Certes il arrive parfois qu’il déboule en bordure d’une terre ou qu’il prenne un chemin, mais ce n’est pas le cas le plus fréquent. Donc le tir se fait au coup d’épaule et on n’a pas toujours le temps de voir s’il en a pris, il faut se rendre sur place, écarter la broussaille, chercher et ramasser la victime si on a bien tiré. Je me souviens d’un lapin que j’avais tiré dans ces conditions un jour et que je pensais fermement avoir manqué. Rien sur place, pas un poil, pas une goute de sang. Mon père me dit qu’on continu, mais il manque Poker, un croisé cocker et je ne sais quoi d’autre, un petit chien très vaillant. On appelle Poker durant un bon quart d’heure pour finalement le voir revenir avec le lapin dans la gueule, lui savait que je l’avais touché.
Un gibier amusant le lapin, il est assez imprévisible, parfois il se fait chasser durant une heure, parfois sitôt levé, sitôt à trou. Sa chasse est pleine de suspense aussi, quand perché sur un tas de pierres il faut avoir les yeux sur 360 degrés tant il est impossible de prévoir où ça va sortir. J’ai plus éprouvé de sensations au lapin dans ma jeunesse que je n’en éprouve aujourd’hui au sanglier.

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Oui je chasse, et alors ?

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MessageSujet: Re: Le lapin.   Mar 13 Jan 2015 - 10:20

Un beau récit plein de bon sens!
merci.
Manque juste la photo du lapin! Very Happy
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pascal33
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MessageSujet: Re: Le lapin.   Mar 13 Jan 2015 - 11:38

Merci Dédé pour ce moment de nostalgie cynégétique joliment raconté . Wink

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MILOUIN 66
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MessageSujet: Re: Le lapin.   Mar 13 Jan 2015 - 11:46

Belle histoire . Merci Dede !

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lecheftiti
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MessageSujet: Re: Le lapin.   Mar 13 Jan 2015 - 12:56

un tres beau récit merci dédé Very Happy
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jln
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MessageSujet: Re: Le lapin.   Mar 13 Jan 2015 - 15:19

salut


merci pour le récit
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macgyver13
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MessageSujet: Re: Le lapin.   Mar 13 Jan 2015 - 17:45

merci dédé , beau récit !! Wink
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doudou59
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MessageSujet: Re: Le lapin.   Mar 13 Jan 2015 - 21:51

Superbe dédé
La chasse du lapin, une chasse magnifique I love you
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MessageSujet: Re: Le lapin.   

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